la faïence artistique de Fives-Lille
Gustave De Bruyn, né en
Belgique en 1838, installe son premier atelier de poterie rue de Malakoff
en 1864. Au début des années 1870, il fait construire une
fabrique au 22 de la rue des l’Espérance, toujours dans le quartier
lillois de Fives.
Si
à ses débuts, la tradition veut que Gustave De Bruyn aurait
seulement fabriqué des pipes en terre et des sifflets, puis de la
poterie commune, il semble qu’assez rapidement, il ait ajouté le
grès puis la faïence artistique mentionnée pour la première
fois dans l’annuaire Ravet-Anceau de 1887. En 1889, la faïencerie
fivoise est présentée à la fameuse exposition Universelle
de Paris pour laquelle a été édifiée la Tour
Eiffel, elle y obtient une médaille d’argent.
En 1902, l’usine occupe une superficie
d’environ 14000 m2 et emploie près
de 300 ouvriers ; ils passeront à 400 avant la première guerre
mondiale.
Sa
production intéresse alors la poterie commune : ustensiles de cuisine
et de table, objets divers allant du pot à fleurs jusqu’à
la brique de chauffage, en passant par le vase de nuit, mais aussi les
articles sanitaires et les ustensiles de ménage en grès commun,
ou encore les cruches, vases, services à bières, etc., en
grès fin.
Toutefois, c’est surtout la faïence
- englobant à la fois les majoliques, les faïences fines et,
plus encore, les barbotines obtenues par coulage dans un moule - qui constitue
le gros volume de la production avec une gamme impressionnante d’objet
et de modèles vendus partout en France et même exportés
jusqu’en Amérique.
Interrompue par la guerre, l’activité
reprendra ensuite lentement et ne connaîtra plus le dynamisme d’avant
1914, retrouvant cependant une large prospérité au milieu
des années vingt.
Après la crise de 1931-1932
qui atteint durement la faïencerie et la cessation de toutes activités
pendant le second conflit mondial, la production reprendra faiblement
à la libération et jusqu'à la cession du fond de commerce
en 1950. Elle se poursuivra dès lors au ralenti avec une vingtaine
d'ouvriers, se limitant pratiquement à la fabrication d'ustensiles
de cuisine et pour les professionnels de l'alimentation, jusqu'à
l'arrêt définitif le 18 avril 1962.
Fin mars 1969, il est procédé
à la démolition des bâtiments acquis par le Ville en
1966. ils seront remplacés par un collège lui aussi totalement
rasé. Certes la production de la faïencerie De Bruyn correspond
très généralement à une fabrication industrielle
et abondante, mais souvent de belle qualité, avec même de
nombreuses pièces particulièrement réussies tant au
niveau de la conception - forme, décor, choix des couleurs - que
celui d'une réalisation soignée.
Des
créateurs célèbres - en août 1991, Geneviève
Becquart, conservatrice du musée de Saint-Amand, citait dans un
quotidien régional, Louis Majorelle, l'illustre décorateur
de meubles, et René Lalique qui travaillait plutôt le verre
moulé - ont même conçu durant les années vingt,
de superbes pièces en faïence fine, hélas non signées.
En échange de leur venue
avec les dessins et la surveillance de l'exécution du travail par
les ouvriers fivois, ces grands artistes recevaient habituellement une
cinquantaine de pièces gratuites sur une production qu'ils autorisaient
de 200 exemplaires.
Une variété de styles,
de l'Art Nouveau à l'Art Déco, un choix imposant de formes,
une multitude de décors :
le même modèle était
souvent commercialisé durant de nombreuses années et avec
des présentations différentes, ce sont plusieurs milliers
de cache-pots, garnitures de cheminées, jardinières, suspensions
pour plantes, vases, pots et pichets, garnitures de lavabos, services pour
fumeurs et pots à tabac, tirelires, assiettes et plats décoratifs,
appliques murales et autres articles de décoration ou utilitaires,
mais aussi funéraires (vases, cache-pots, jardinières) et
encore des objets en poterie commune (ustensiles de cuisine tels que les
pots, marmites, faitout, terrines à pâté et surtout
le célèbre "vrai plat de Lille") ainsi que des "poteries
de bâtiment"
(grands médaillons, frises, carreaux, et autres éléments
polychromes de décors pour façades), habituellement marqués
d'une ancre de marine dans laquelle sont enlacées les deux initiales
D.B. se chevauchant, qui illustrèrent pendant près de cent
ans les catalogues de la faïencerie artistique de Fives-Lille et firent
connaître très loin la capacité d'innovation et le
savoir-faire de haut niveau atteints par les industriels et les ouvriers
faïenciers fivois.
(Texte et photographies : Michel
Dudermel
Publiés avec son aimable autorisation)